MENA Newswire , Pékin : Des responsables chinois ont exhorté mardi le Canada à mener une politique étrangère plus indépendante, alors que le Premier ministre Mark Carney entamait une visite officielle de quatre jours à Pékin. Il s'agit du premier déplacement d'un dirigeant canadien en Chine depuis près de dix ans. Cette visite intervient alors qu'Ottawa et Pékin cherchent à stabiliser leurs relations, mises à rude épreuve par des différends commerciaux, des désaccords diplomatiques et des tensions géopolitiques plus générales impliquant les États-Unis.

Le ministère chinois des Affaires étrangères et les médias d'État ont présenté cette visite comme une occasion pour le Canada de réévaluer son alignement sur Washington et d'approfondir sa coopération bilatérale avec Pékin. Les commentaires officiels ont souligné l'importance de ce que la Chine a qualifié d'autonomie stratégique dans les relations internationales, tout en appelant à un renforcement de la confiance politique et à un développement des relations économiques entre les deux pays.
Carney est arrivé à Pékin alors que son gouvernement s'efforce de diversifier les relations commerciales du Canada et de réduire sa dépendance envers les États-Unis , qui demeurent la principale destination des exportations canadiennes. Les autorités canadiennes ont indiqué que cette visite visait à rétablir un dialogue régulier de haut niveau et à lever les obstacles qui entravent des secteurs clés, notamment l'agriculture, l'énergie et la fabrication de pointe.
Les relations entre le Canada et la Chine se sont fortement détériorées ces dernières années à la suite de différends commerciaux et de mesures diplomatiques ayant perturbé les échanges. La Chine a imposé des droits de douane sur les produits agricoles canadiens, notamment le canola, le porc et les fruits de mer, après qu'Ottawa a instauré des restrictions sur certaines importations chinoises. Ces mesures ont contribué à une baisse du volume des échanges bilatéraux et ont accru l'incertitude pour les exportateurs des deux pays.
Réinitialiser le dialogue après des années de tensions
La visite comprend des rencontres prévues avec de hauts dirigeants chinois, dont le président Xi Jinping, ainsi que des entretiens avec des responsables du commerce et de l'économie . Les discussions devraient porter sur le rétablissement des canaux de communication, la gestion des frictions commerciales actuelles et l'identification de domaines de coopération concrète. Les autorités canadiennes ont indiqué que cette visite ne prévoit pas la conclusion de nouveaux accords commerciaux, mais vise à créer les conditions d'une coopération commerciale plus prévisible.
La Chine a publiquement critiqué ce qu'elle qualifie de coordination étroite du Canada avec les politiques américaines en matière de commerce et de sécurité, notamment les mesures affectant les exportations technologiques et industrielles chinoises. Les commentaires des médias d'État publiés pendant la visite ont réitéré les appels lancés au Canada pour qu'il mène des politiques fondées sur ses propres intérêts nationaux, tout en soulignant la volonté de la Chine d'élargir sa coopération si les relations s'améliorent.
Les liens économiques entre le Canada et la Chine se sont affaiblis ces dernières années, les exportations ayant diminué et les barrières réglementaires s'étant accrues. Selon les données officielles chinoises, les importations en provenance du Canada devraient baisser en 2025, inversant ainsi la tendance à la croissance observée précédemment. Les exportateurs canadiens pointent du doigt les droits de douane et les obstacles administratifs comme principaux défis, tandis que les autorités chinoises justifient ces mesures commerciales par des préoccupations diplomatiques plus générales.
Le gouvernement de Carney a fait de la diversification des exportations un objectif économique central, en privilégiant l'accès aux marchés asiatiques. Les responsables ont déclaré que le dialogue avec la Chine demeure indispensable compte tenu de son rôle de deuxième économie mondiale, malgré des divergences persistantes sur les questions de politique et de gouvernance.
Pressions commerciales et contexte mondial
Cette visite intervient dans un contexte de mutation des échanges commerciaux mondiaux et d'une concurrence accrue entre les grandes économies. Si les relations du Canada avec les États-Unis demeurent prépondérantes dans son commerce extérieur, les récentes perturbations et les changements de politique ont incité Ottawa à renforcer ses liens avec d'autres partenaires. La Chine s'est imposée comme un marché clé pour les matières premières et les produits manufacturés, tout en représentant une source de risques stratégiques et économiques.
Les autorités chinoises ont souligné que l'amélioration des relations bilatérales repose sur ce qu'elles qualifient de respect mutuel et de non-ingérence. De leur côté, les autorités canadiennes ont réaffirmé leur engagement à protéger la sécurité nationale et les intérêts économiques du Canada, tout en maintenant un dialogue constructif avec la Chine.
Cette visite de quatre jours devrait se conclure par des déclarations soulignant les axes de dialogue à poursuivre, plutôt que par des accords formels. Les deux parties ont indiqué que les progrès seront progressifs, compte tenu de la complexité des relations et de la nécessité de gérer les différends parallèlement à la coopération.
Le voyage de Carney souligne la prudence des puissances moyennes qui cherchent à concilier leur engagement économique avec la Chine et le maintien de leurs alliances de longue date. Cette visite est suivie de près par les entreprises et les décideurs politiques, qui espèrent y déceler des indications quant à la possibilité de prendre des mesures concrètes pour stabiliser l'une des relations internationales les plus importantes, mais aussi les plus complexes, du Canada.
L’article « La Chine exhorte le Canada à poursuivre une politique indépendante lors de la visite de Carney à Pékin » est paru initialement sur Gulf Outlook .
